Dans la quête actuelle pour un compact expert, un appareil comme le Samsung EX1 montre ainsi que les « mini-capteurs » n’ont pas dit leur dernier mot : contrairement à son grand frère, le Samsung NX (dont je parlais ici), l’EX1 ne possède pas un grand capteur de reflex, mais un modèle au format timbre-poste, courant pour ces compacts « amateur ». On avait oublié qu’une telle surface sensible réduite facilite la création d’optiques plus lumineuses que celles des APS-C : un moyen de pallier aux moins bonnes performances de ces micro-capteurs en faible lumière.
De ce point de vue, je reste un peu déçu de l’offre en objectifs disponibles pour les appareils à capteurs micro-4/3 ou APS-C : on aurait pu s’attendre à des focales fixes nettement plus lumineuses. Aujourd’hui, on trouve des objectifs ouverts à f :2 pour les focales standard (dont l’équivalent pour le 24×36 va de 40 à 50 mm) ou f :2,8 pour les grand-angles modérés, type 28 ou 35 mm. Cela tient sans doute au parti-pris de compacité retenu pour ces modèles que l’on nomme parfois pancake (crêpe), eu égard à leur épaisseur réduite. Mais de fortes luminosités, nada. A une exception près, qui a fait pas mal de bruit dans le landerneau : un certain Noktor 50mm, objectif ouvert à f: 0,95 ! Cet objectif équivaut à un petit télé ultra-lumineux, ce qui permet de faire des images avec une profondeur de champ extrêmement réduite. En revanche, il reste assez volumineux, et avec 480g pèse davantage que la plupart des boîtiers compacts avec lesquels il est compatible…
Il existerait pourtant un moyen d’obtenir pour des objectifs à la fois lumineux et compacts : relâcher certaines contraintes optiques classiques, introduisant des défauts facilement modélisables. Ceux-ci seraient ensuite corrigés grâce à la souplesse de traitement offerte par le numérique. C’est la direction que poursuivent les ingénieurs de la société DxO, par ailleurs éditrice du logiciel DxO Optics Pro. L’idée qui guide leur travaux est simple : programmer le traitement d’image en fonction des « défauts » de l’optique concernée. On peut ainsi prévoir de « relâcher » certaines contraintes lors de la conception de l’objectif, en particulier celles liées à la correction des aberrations chromatiques, pour en améliorer la profondeur de champ ou la luminosité…
Le vert pour les détails, le rouge et le bleu pour la couleur
Depuis près d’un demi-siècle, on sait concevoir des objectifs dits « achromatiques », voire « apochromatiques » : l’emploi de lentilles asphériques, de verres spéciaux permet ainsi d’obtenir des plans de netteté identiques pour les trois couleurs primaires : rouge, vert et bleu. Or on constate que l’œil est très sensible aux détails présents sur le canal vert, tandis qu’il ne distingue que faiblement ceux disponibles sur les couches rouge et bleue. L’idée développée chez DxO consiste alors à utiliser l’image « verte » pour le rendu des détails, tandis que les canaux rouge et bleu ne sont exploités que pour l’information de chrominance (pour le rendu des couleurs de l’image). Avec ce type de traitement (qui nécessite évidemment un dématriçage spécifique à l’objectif utilisé), on peut utiliser un objectif très lumineux mais qui n’est plus achromatique : d’où une formule optique simplifiée, permettant un objectif plus compact et moins coûteux.
DxO applique actuellement, avec un certain succès, cette architecture à des modules objectif-capteur-processeur destinés … à des cameraphones. Le Palm Pre est ainsi équipé d’un module de prise de vue intégré de 3,2 Mpixels made by DxO. Dans un tel cas de figure, les ingénieurs bénéficient d’un contrôle sur tous les composants, y compris le capteur. Cela ne serait pas le cas pour un objectif destiné à des appareils standard, comme les compacts experts. Il serait alors nécessaire d’enregistrer l’image en Raw pour effectuer le post-traitement dans un logiciel dédié (une version spécifique de DxO Optics Pro).
Un 35 mm f: 0,7 ?
Quelle formule optique peut-on espérer d’un tel objectif ? Lors de mon passage à DxO, j’avais suggéré l’étude d’un objectif de focale 35mm, ouvert à f :0,7… Un tel « caillou » aurait eu l’avantage de marquer les esprits, pour la plus grande gloire de la maison ! Cette proposition avait suscité des hochements de tête polis chez mes interlocuteurs, d’autant que le cahier des charges envisageait un objectif couvrant le 24×36mm (pour les grands capteurs types Nikon D700 / D3 ou Canon 5D / 1D mkIII).
Plus raisonnablement, on pourrait imaginer un équivalent 35mm ouvert à f :1,4 par exemple pour le format micro-4/3 (Olympus ou Panasonic). Une telle optique reste aujourd’hui sans équivalent sur le marché… alors qu’elle constitue la focale de base pour le reportage !
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One Comment
Bravo pour cet article très technique et qui sort des sentiers battus.
On constate dans beaucoup de domaines techniques, l’influence négative du « marketing »: Nombre de pixels aberrants dans le domaine de la photo, taille basse des pneus et roues géantes dans le domaine automobile, etc, etc …
Votre article me réconcilie un peu avec les journalistes