Vous avez peut-être eu l’occasion d’aller voir « le Printemps Géorgien », une expo collective qui a regroupé au Palais de Tokyo le travail d’une dizaine de photographes de Magnum. Jonas Bendiksen, Antoine D’Agata, Thomas Dworzak, Martine Franck, Alex Majoli, Martin Parr, Paolo Pellegrin, Gueorgui Pinkhassov, Mark Power et Alec Soth ont circulé, chacun durant deux semaines, dans ce petit pays coincé entre la Russie et la Turquie.
Cette opération, entièrement financée par le Ministère de la Culture Georgien, dégage un léger fumet de propagande. Les photos de Thomas Dworzak en particulier, qui a suivi d’un œil plutôt complaisant les voyages et le quotidien du « jeune président » Mikhaïl Saakachvili, prêtent nettement le flanc à la critique… Surtout quand on connaît le déficit d’image internationale de cet homme politique, tenu pour largement responsable de la guerre avec la Russie voici à peine deux ans (on se souvient de Dick Cheney, un grand pacifiste, organisant des livraisons de « matériel humanitaire » à Tbilissi). Un tel arrière-plan politique rend le travail de Magnum assez discutable ; mais la liberté dont ont bénéficié les photographes semble avoir été totale.
On se trouve donc devant un cas d’école : dix regards sur un pays. Pour autant, il reste difficile, en partant de la seule expo, de juger de l’utilité d’un tel exercice. Le style très différents de chacun des photographes rend l’ensemble très hétérogène, au point que le visiteur peine à juxtaposer les portraits hallucinés de prostituées qui se confient à Antoine d’Agata et les images industrielles de Mark Power, les errances visuelles de Gueorgui Pinkhassov avec la démarche quasi collégienne d’Alec Soth recherchant « la plus belle femme de Géorgie ». Au total, si l’on peut admirer tel ou tel cliché (j’ai un faible pour certaines images très classiques de Paolo Pellegrin sur la religion), la vision du soi-disant « Printemps Géorgien » s’avère pour le moins fragmentaire. Les conditions de présentation des images (un mur pour chaque photographe, Alex Majoli se « contentant » d’un diaporama qui était en panne lors de ma visite) ne facilitent pas la découverte.
En revanche, les mêmes images prennent une tout autre dimension sur le site de Magnum, quand on découvre l’essay (une sorte de diaporama) réalisé par chaque photographe. Les accompagnements sonores, les commentaires redonnent une perspective cohérente aux diverses visions de la société géorgienne. On se retrouve immergé dans une dizaine d’histoires individuelles, qui racontent chacune une brève histoire de voyage en Géorgie ; in fine, un vrai portrait du pays se dégage.
Je n’avais pas vraiment pris le temps de me plonger dans les diaporamas réalisés par Magnum, regroupés sur le site MagnumInMotion.com. Cette expo m’a poussé à en explorer d’autres (plus d’une centaine sont visibles), consacrés à un pays, à un événement, à un personnage. Le diaporama constituait, aux temps argentiques, un outil de présentation des photographies très efficace ; mais il restait habituellement d’une diffusion confidentielle. Internet offre techniquement tous les éléments nécessaires à la propagation « universelle » de ce média ; le seul obstacle tient aux habitudes de zapping traditionnelles sur le web. En revanche, les futurs magazines multimédia que l’on voit apparaître sur tablette offrent un espace idéal pour les essays type Magnum. Une voie à explorer ?
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