Cela ne semble pas évident vu de l’extérieur, mais la photographie publicitaire de véhicules présente un vrai challenge : les constructeurs exigent un contrôle parfait des reflets sur la carrosserie, qui nécessite une grande habileté dans le positionnement des éclairages. Avec la montée en puissance des outils de rendu 3D, il devient aujourd’hui plus simple de placer un modèle virtuel dans un environnement spectaculaire, pour y travailler à l’infini les éclairages. On change le point de vue, on déplace librement le véhicule, avec une facilité inconnue dans le monde réel. Une évolution irréversible ?
Un cas d’école
Photographe installé à Paris, Adolfo Fiori est considéré comme un très bon photographe de studio, en particulier dans le domaine de la nature morte. Depuis quelque temps, il se trouve confronté aux demandes des services de communication des constructeurs pour la réalisation d’images de synthèse. Afin de répondre aux besoins de ses clients, mais aussi par intérêt vis-à -vis de la 3D,  Adolfo a donc décidé de doter son studio des compétences nécessaires. Après avoir lui-même suivi une formation complète à l’utilisation des logiciels 3D professionnels, et en association avec Lilian Joly (retoucheur et graphiste 3D), il est en train de créer un portfolio d’images témoignant de sa maîtrise de l’outil. Utilisant plusieurs stations de travail professionnelles, Adolfo conçoit les scènes 3D sous Maya, avant de lancer le rendu avec Mental Ray.
On pourrait voir dans ce récit un nouvel exemple de la façon dont le numérique menace inexorablement les activités des photographes. Ce serait sans doute aller un peu vite en besogne. Si Adolfo Fiori a décidé de se lancer dans cette aventure, c’est d’abord parce que les qualités de l’image virtuelle finale dépendent largement de l’opérateur: l’oeil du photographe demeure un atout essentiel dans la création d’une image efficace. Composition, cadrage, et naturellement éclairages nécessitent des compétences presque identiques dans le virtuel que dans la réalité. De quoi rassurer les photographes spécialistes ?
Je vois au fond de la salle que certains ne semblent pas convaincus: «de toutes façon, il va me falloir rester en permanence assis devant un ordinateur…» Pas nécessairement. Car même si la voiture devient virtuelle, le fond de l’image demeure (au moins pour l’instant) une «vraie» photo, qu’il faut réaliser in situ. De nouvelles photothèques spécialisées, comme Moofe, ont d’ailleurs développé une offre adaptée aux besoins de créateurs 3D: chaque lieu est photographié sur 360 degrés, ce qui permet de disposer de la sphère virtuelle nécessaire à la création d’un éclairage. Le même lieu est également mitraillé en haute définition sous de multiples angles, afin d’offrir le maximum de liberté dans le positionnement du modèle virtuel et dans le choix du point de vue. Ainsi les images qui illustrent ce dossier exploitent des arrière-plans réalisés par Adolfo Fiori, à l’aide d’un Hasselblad H3D de 31 mégapixels. La sphère virtuelle permettant de « capturer » l’éclairage spécifique à chaque lieu a été réalisée in situ par un collègue photographe, Stefan Von Laue.
Une dernière remarque, pour ne pas désespérer les allergiques à l’informatique. On a pu voir le même type d’évolution au cinéma, avec l’explosion (c’est le cas de le dire!) des effets spéciaux numériques… Effets spectaculaires, certes, mais dont on en revient un peu, principalement du fait de leur manque de crédibilité, leur aspect un peu trop « nickel-chrome ». En photo aussi, le côté léché, irréprochable, de l’image de synthèse va probablement finir par lasser. Dans la vraie vie, les  choses ne sont pas toujours parfaites; et ce supplément d’âme que recèle une «vraie» photo, manque souvent aux modèles 3D…
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