A côté des grands logiciels professionnels (Photoshop bien sûr, notre père sévère à tous les photographes, mais aussi Lightroom ou d’autres), plein de curseurs et de courbes rébarbatives, des outils aux interfaces simples cherchent à offrir quelque chose dont personne n’a jamais entendu parler chez Adobe : le plaisir de créer des images…
Le plaisir du bac à sable
Funtastic (v1.0.3, pour Macintosh) est l’un de ces programmes anti-prise de tête où l’on vous laisse jouer avec vos images sans (trop de) contraintes. Une cinquantaine de styles prédéfinis peuvent être appliqués d’un clic sur l’une des vignettes proposées sous votre photo  ; malheureusement il ne s’agit pas d’une preview de l’image courante, ce qui aurait été nettement plus parlant qu’un vague graphisme peu révélateur. Bon nombre des styles ressemblent à aux filtres artistiques de Photoshop, et certains s’avèrent vraiment intéressants, comme le « BluePrint Experiment » (les plans d’architecture des années 60) ou encore le ASCII-Art.
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Une fois le plaisir de jouer avec ces styles un peu émoussé, la véritable richesse de l’application se révèle via le panneau « Advanced Options ». On découvre que ces styles prédéfinis sont en fait constitués de combinaisons (plus ou moins heureuses) entre des effets visuels disponibles dans quatre catégories : les Fixing Tools (outils de correction) agissant sur les éventuels défauts de l’image ; les Color Adjustments qui offrent tous les délires possibles à propos des couleurs ; les Artistic Adjustments, les plus nombreux, où se retrouvent entre autres textures, tracés des contours et flous divers ; et enfin les Finishing Touches chargés d’ajouter cadres, « reflets brillants », et autres tampons de date. Tous les effets (une bonne cinquantaine), quelle que soit leur catégorie, peuvent être combinés entre eux. On réalise assez vite que cliquer au hasard sur les cases devient rapidement ingérable : il s’agit de réfléchir un peu quant au style d’image que l’on recherche vraiment.
De l’Art ou du cochon?
Et c’est sans doute là que le logiciel joue un rôle pédagogique intéressant. Car enfin, qu’est-ce qu’un style photographique ? Comment, en exploitant un effet visuel, affirme-t-on la personnalité d’une image ? On sait que le cerveau reconstitue, plus ou moins facilement, la scène réelle (en 3D) à partir de son aplatissement 2D vu sur un écran ou un papier. Cet effort de restitution s’effectue à l’aide de l’incomparable bibliothèque d’images que chacun porte dans sa mémoire : ça, c’est l’image d’une voiture ; ça, c’est un visage vu de profil.
Adopter un style quand on photographie, c’est ajouter un filtre supplémentaire à ce décodage. Le noir-et-blanc, par exemple, contient une symbolique propre qui renvoie à une culture, des ambiances, des époques inscrites dans l’inconscient collectif. On pourrait dire que le style, en photographie, n’est autre qu’une transposition, une interprétation de l’image réelle en 3D qu’a vue le photographe. Cette complexité supplémentaire, cette étape imposée en plus à la compréhension de l’image (laquelle exige déjà une re-création d’une scène 3D à partir d’une description 2D) rend celle-ci encore plus symbolique : en s’éloignant encore davantage du réel, elle devient plus universelle, elle parle mieux au spectateur… pour peu que le style choisit ne heurte pas sa culture esthétique. Le plaisir que l’on peut éprouver en admirant une photo vient (en partie…) de là  : on a triomphé d’un exercice difficile, cette interprétation 2D -> 3D pleine de pièges. Bravo à mon cerveau !
Chercher par l’absurde
Pardon pour cette digression théorique un peu lourde : Funtastic Photos ne méritait pas ce cours magistralement rébarbatif. En revanche, quand vous cherchez à déterminer le style qui convient à vos images, n’hésitez pas à balayer les exemples (un peu brutaux ?) que vous offre un tel logiciel. Même si c’est par l’absurde, ils vous amèneront peut-être à vous interroger sur ce qui fait l’originalité de votre regard.
Funtastic Photos, Ohanaware, environ 30 euros








