Renseignement pris, il s’agit en fait de sauver les photographes professionnels. Ceux-ci sont en effet menacés par la montée en puissance du business des banques en ligne. On peut aujourd’hui acheter un droit de publication d’une photo pour moins d’un euro ; les images placées sur Internet sont piratées, réutilisées sans respect pour le droit d’auteur (lire l’affaire Géo chez mon excellent confrère Jean-François Vibert). Enfin la mention « DR » (Droits Réservés) offre aux magazines un moyen de s’exonérer à bon compte du paiement des droits sur une image : on écrit « DR » et si par hasard le photographe se manifeste (suffit de lire chaque jour toute la presse mondiale, coco), une fois sur cent donc, on paie les droits. L’UPC (Union des Photographes Créateurs, l’association FreeLens, la SAIF (Société des Auteurs des arts visuels et de l’Image Fixe) proposent ainsi la tenue d’Etats Généraux de la Photographie destinés à chercher des solutions à une situation grave.
Gagne-misère
Car il faut reconnaître que la situation des photographes et des agences reste aujourd’hui très difficile. Oh, le métier de photographe a toujours été un métier de misère… à part les grands noms (et quelques petits malins), la plupart des photographes gagnaient, gagnent, gagneront mal leur vie. C’était vrai voici trente ans, à l’époque où je décidais d’en faire mon métier. Je crois que c’est toujours aussi vrai aujourd’hui. Davantage ? Je ne sais pas. Comprenez-moi : oui, des Etats Généraux de la Photographie peuvent aider à fixer des limites légales aux abus constatés. Mais il reste toujours le même problème : n’importe qui peut se déclarer photographe, et appuyer sur un déclencheur devant un visage, une maison, un paysage. Si le résultat suffit à satisfaire le client potentiel de cette image, ce n’est pas le statut non-professionnel de son auteur qui empêchera la transaction de se faire… le plus souvent à prix cassé.
Restructuration radicale
Alors la nouveauté, aujourd’hui, c’est encore et toujours Internet. Un canal de diffusion d’une puissance incroyable, un outil d’une redoutable efficacité en faveur ET en défaveur des photographes. Il leur faut s’adapter à un nouveau canal de distribution, et probablement changer radicalement de modèle économique. Je sais que ce n’est pas facile. Ainsi, c’est ce que n’a pas su faire l’industrie de la musique ; c’est ce qu’est en train de rater l’industrie du cinéma. Toutes les lois Hadopi de la Terre, toutes les commissions d’Albis ne suffiront pas à leur éviter une restructuration radicale de leur business model ; au mieux, elles vont leur permettre de survivre quelques années avant la faillite annoncée.
Nouveaux usages
Les photographes, eux, n’ont pas le millième de la puissance des lobbies du disque. Peu organisés, ils ne disposent d’aucun copain de Sarkozy pour appuyer leurs demandes. Et pourtant, grâce à Internet, certains d’entre eux s’en sortent, trouvent de nouveaux clients et font connaître leur travail. L’époque est aux bouleversements, et un usage créatif du web peut aider à survivre… N’hésitez pas à faire part de vos réactions et de vos réussites !
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