Depuis quelques années, on voit fleurir sur le Web, dans les magazines et même dans les galeries, un effet visuel intéressant que l’on nomme parfois l’effet « maquettes ». Le principe en est tout simple : il s’agit de flouter exagérément la majeure partie de l’image, tout en maintenant net un sujet centré dans le cadre. On obtient alors numériquement l’effet optique que procure un objectif à décentrement et à bascule, un tilt / shift lens. Un tel objectif peut en effet s’incliner par rapport à la perpendiculaire du plan du capteur : l’image est floue de part et d’autre d’une zone centrale.
Mais peu importe la façon dont l’image est obtenue. En la regardant, on se retrouve confronté à un phénomène intéressant. Trompé par ce flou qu’il interprète intuitivement comme une très faible profondeur de champ, le cerveau croit voir une image macro prise avec un objectif spécial, à très courte distance. Tout naturellement, il identifie ainsi les personnages comme étant des figurines. Quand le sujet s’y prête, ce n’est en général qu’au second coup d’œil que l’on comprend son erreur : il s’agit en fait de « vrais » gens… Un certain malaise s’installe alors chez le spectateur. Confondre des personnages vivants avec des modèles réduits pose inconsciemment des questions sur l’apparence de la réalité, sur la taille du monde où nous vivons, voire sur le caractère faux de l’activité présentée : ne sommes-nous donc que des marionnettes ? Quoi qu’il en soit, cet effet va bien au delà d’un simple trompe-l’œil ; et le trouble qu’il suscite chez l’observateur  justifie son succès.
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En découvrant les premières images réalisées selon ce principe (et désolé, je ne saurais absolument pas qui créditer de cette innovation visuelle, parmi les milliers de photographes qui s’en sont emparés), j’ai réalisé à quel point il est facile d’abuser notre cerveau. Quand nous observons une image en deux dimensions, nous tentons d’en recréer la scène du « vrai » monde qui lui correspond – une scène en 3D, bien entendu. Cette phase d’identification exploite de nombreux aspects de l’image en la comparant à d’autres, interprétées et mémorisées durant notre vie passée. Si l’un des facteurs est truqué, l’interprétation peut très vite dérailler en nous orientant vers une fausse piste : c’est ce qui se produit ici. Voilà en quoi cet effet me semble constituer un véritable cas d’école, qui mérite d’être étudié par tous les apprentis photographes ! Ceci dit, on commence à avoir un peu trop vu d’images agrémentées de cet effet « maquette », et il se peut que l’overdose guette…
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A vous de jouer !
Quand on dispose de Photoshop, rien de plus simple que d’appliquer un flou Gaussien à une double sélection progressive, de part et d’autre du sujet principal. Mais pour ceux qui n’ont pas investi 999 euros dans le surpuissant logiciel d’Adobe, voici un petit site gratuit qui effectue automatiquement tout la manipulation. On charge une image, et après avoir choisi entre un flou radial ou linéaire (c’est souvent ce dernier qui donne les résultats les plus troublants), on positionne la zone de flou. Quelques réglages permettent de paramétrer l’impact de l’effet, ainsi qu’un vignettage éventuel. Et voilà le travail !
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