10 innovations, la suite…

Saisir l’image qui s’est enfuie juste AVANT que l’on appuie sur le bouton ? Mais pourquoi pas ! De nouveau, notre photographe fou rêve aux innovations des futurs reflex…

Par Jean

Directeur de la rédaction

Nous avions vu dans ce premier billet cinq innovations relativement raisonnables qui pourraient (qui devraient !) rapidement trouver leur place dans nos appareils photos de demain. Voici cinq autres idées que je soumets aux concepteurs de reflex, classées selon une originalité de plus en plus « radicale », mais tout en restant dans le domaine du possible… Car toutes les améliorations que je propose ici sont envisageables avec les technologies disponibles aujourd’hui : il suffit que les responsables du marketing cessent de demander aux ingénieurs de doubler le nombre de pixels tous les dix-huit mois, pour réfléchir un instant aux vrais besoins des photographes. Et vous verrez que demain on ne fera plus de photos comme aujourd’hui !

Innovation N°6 : il s’agit ici d’un vÅ“u, bien davantage que d’une idée originale : toutes les briques logicielles et matérielles sont disponibles, il ne manque plus qu’une volonté marketing. Je veux, dans mon reflex, un accès WI-FI fiable et rapide, capable de se connecter à l’un des innombrables accès gratuits qui fleurissent un peu partout. Cet accès ne sera capable que d’une chose : sauvegarder automatiquement mes photos dans un espace sécurisé. Merci de NE PAS intégrer la mise en ligne systématique sur une galerie web, l’envoi par mail à qui que ce soit, la liaison instantanée à l’un de ces réseaux sociaux qui me lient à mes innombrables « amis »… Non, je n’ai besoin que de sauvegarder le contenu de ma carte, en flux tendu, dès que l’appareil n’a pas une tâche plus urgente à effectuer. Quand on y réfléchit, on sait que cette fonction sera évidemment disponible d’ici quelques années. Alors pourquoi pas maintenant ?

Innovation N°7 : Revenons aux fondamentaux de l’appareil photo, exposition et mise au point. Ce dernier paramètre, malgré les automatismes toujours plus astucieux qui voient le jour, reste encore problématique. Les capteurs de distance ont beau se multiplier, l’appareil ne sait toujours pas lequel d’entre eux fournit le « bon » réglage. On voit ainsi fleurir aujourd’hui des algorithmes capables de distinguer les zones signifiantes d’une scène, comme les visages. Mais encore une fois, quand plusieurs visages sont détectés, comment l’appareil peut-il savoir que celui-ci vous intéresse davantage que ceux-là ? Un mode semi-auto malin pourrait permettre à l’utilisateur de pointer directement sur l’écran la zone qui l’intéresse, ou plus exactement l’élément de la scène qui constitue son sujet principal. Une fois ce facteur renseigné, l’automatisme se chargerait en permanence d’y faire la mise au point, y compris en cas de changement de cadrage, de facteur de zoom, voire même si le photographe se déplace… Un tel tracking automatique existe dans de nombreux domaines, l’adapter aux desiderata des photographes ne devrait pas être insurmontable !

L’écran de visée dorsal, déjà concerné par l’innovation précédente, est encore mis à contribution dans la N°8. Mais d’une façon plus prosaïque : on voit aujourd’hui que cet écran peut servir à la visée d’un reflex (cela fait seulement une douzaine d’années que les compacts en sont capables) ; assez logiquement, l’étape suivante consiste à les rendre orientables, comme l’ont fait Olympus, Sony et maintenant (timidement) Nikon. Mais pourquoi s’arrêter en si bon chemin ? J’aimerais que l’écran de visée de mon reflex soit détachable, relié au boîtier par Bluetooth 3. A moi la possibilité de positionner l’appareil selon un angle impossible, pour ensuite déclencher confortablement dès que l’image me convient. Car bien évidemment, cet écran possèdera aussi toutes les fonctions d’une télécommande évoluée :  réglage de l’exposition et de la distance, mais encore commande du zoom et bien sûr du déclenchement…

Flux d’image

Les deux innovations qui terminent ce « cahier des charges » vont plus loin qu’une simple trouvaille ergonomique ou fonctionnelle. Elles sont susceptibles, à terme, de modifier considérablement la façon dont travaillent les photographes. Voire même pour l’innovation N°9, de changer le regard que l’on porte sur la notion d’image fixe.

On dispose aujourd’hui de capteurs capables de traiter quelques images par seconde, dans leur définition maximale. Pourquoi ne pas sauvegarder ces images dans un buffer, en images-tampon, c’est-à-dire rafraîchi en permanence ? Je m’explique : comme chaque photographe, il m’arrive de voir une scène intéressante, de viser…  et de rater l’instant décisif pour tout un tas de raisons, parce que je pensais à autre chose, que je regardais dans un coin de l’image alors que le sujet intéressant était ailleurs, ou tout simplement parce que l’action s’est déroulée tellement vite que je n’ai pas eu le réflexe de déclencher.

Et me voici, deux ou trois secondes après, pestant contre moi-même, et souhaitant (la plupart du temps en vain) que le sujet m’offre une nouvelle chance… Alors qu’il serait si simple que l’appareil enregistre en permanence le flux d’images issu du capteur, disons durant les dix dernières secondes (à 5 im/s, cela ferait cinquante  images à mémoriser… mais la mémoire vive ne coûte pas si cher !) L’écran pourrait afficher ce flux par une présentation à la CoverFlow, dont il suffirait de désigner une ou plusieurs images à sauvegarder pour qu’elles soient immédiatement enregistrées à l’abri de la carte-mémoire. Encore plus simple, on pourrait programmer une commande du genre : quand je déclenche, enregistre les images des deux secondes AVANT et les trois secondes APRÈS le déclenchement… Prendre la photo avant de déclencher : un vrai rêve de photographe.

depthmap

Exemple de carte de profondeur

Dernière innovation, sans doute la plus radicale : l’enregistrement d’une carte de profondeur en même temps que l’image RVB habituelle. J’ai déjà brièvement évoqué dans ce billet l’intérêt de connaître, pour chacun des pixels qui composent l’image, la distance entre l’objet décrit par ce pixel et l’appareil : on code cette distance d’une teinte de gris qui va du blanc pour les objets les plus proches, au noir pour ceux placés à l’infini. La carte de profondeur est ainsi une image monochrome, généralement placée sur une couche supplémentaire aux couches RVB de la photo originale. Je reviendrai de façon plus détaillée sur le potentiel extraordinaire que procure une telle description de la géométrie de la scène photographiée. Il suffit d’en donner un exemple rapide : avec une photo dotée de sa carte de profondeur, on peut modifier le point de vue de la photo ! Combien de fois vous êtes-vous dit : ah, si je m’étais placé un peu plus à droite, ou à gauche, ou plus haut, plus bas ? Le sujet se détacherait mieux sur le fond, deux objets seraient mieux positionnés l’un par rapport à l’autre, etc. Quand on connaît la position relative des divers éléments selon l’axe de profondeur, ce rêve peut se réaliser (enfin, dans une certaine mesure). Il suffit de faire glisser les plans les uns par rapport aux autres… et de boucher les trous d’arrière-plan par un morphing habile.

La question reste alors : comment créer une telle carte de profondeur ? Si l’on dispose de deux objectifs stéréo (comme le futur Fuji Real3D), il existe des algorithmes de photogrammétrie qui permettent une discrétisation (séparation) automatique des plans de profondeur. Mais le défi que constitue cette opération à partir d’un reflex mono-objectif pourrait également être relevé, moyennant un peu de R&D : ainsi une analyse dynamique des zones de netteté de l’image, durant un aller-retour rapide de la mise au point, pourrait fournir une information de distance fiable. Le jeu en vaut la chandelle !

Cette dernière direction de travail procède d’une tendance globale qui s’impose peu à peu aux fabricants : nos appareils photos sauront un jour analyser en détail la composition de la scène qu’ils visent. Pas uniquement la géométrie 3D des éléments présents, mais aussi leurs caractéristiques. Ainsi, ils peuvent déjà reconnaître qu’un visage est présent, s’il sourit ou non, si un objet bouge rapidement dans le cadre, si la scène présente un contre-jour. Demain, ils sauront quel est le sujet principal, s’il se trouve dans l’ombre ou dans la lumière, comment il se détache de l’arrière plan, quels sont les éléments qui pourraient le masquer, etc. Comment ça, trop facile ? Nous verrons bien !

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One Comment

  1. quang a rŽagi le 9 juin 09 | Permalien

    Les innovations rejoignent le plus merveilleux appareil du monde : notre oeil.
    Donc l’ultime innovation serait un appareil à la place de notre oeil

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