Dans les publications des labos de recherche spécialisés en traitement d’image, on peut parfois découvrir les algorithmes dont seront équipés nos appareils photos et nos logiciels d’ici quelques années. Il y a bien sûr pas mal de déchet : des idées qui paraissaient prometteuses sur le papier, mais dont la mise en œuvre s’avère décevante. J’aimerais vous présenter un travail développé par une équipe de l’Université de Columbia, assez impressionnant… Sera-t-il disponible dans Photoshop CS12 ? Je n’en suis pas sûr, mais vous allez voir que c’est un bon candidat !
L’idée en est simple : après identification de la position des visages présents sur une photo, on les remplace par d’autres faciès, issus d’un ou plusieurs clichés distincts. La complexité de la tâche vient des différences de position, de luminosité, de couleur de peau, etc, que l’algorithme réussit à minimiser avec un certain succès (à gauche le portrait original, à droite trois exemples de remplacement du visage) :
Une fois la technologie validée, il reste à en trouver les applications. La première, sans doute la plus intéressante pour le grand public, concerne les portraits de groupe : il vous est certainement arrivé, en immortalisant une réunion familiale par exemple, de vous retrouver avec au moins l’un des personnages clignant des yeux ou faisant la grimace. Un tel algorithme pourra, en partant d’une série de photos du groupe, extraire les « bons » visages de chaque photo pour reconstituer l’ensemble idéal.
Cela nous privera sans doute d’images marrantes, quand le petit cousin tire la langue au dernier rang de la noce ; au profit d’images plus standardisées dont les personnages sourient tous bêtement à l’objectif… Mais c’est probablement ce que souhaitent les mariés ! Attention néanmoins aux erreurs de casting entre Tonton Victor et Cousine Samantha :
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Une seconde application pourrait bien s’avérer incontournable, en particulier pour les photographes actuellement confrontés aux délires du soi-disant « droit à l’image ». Je veux parler de ces procès récents, intentés par des personnes reconnaissables sur une photo de reportage, et qui inventent un dommage imaginaire pour en obtenir des intérêts conséquents… On a vu des tribunaux accorder des dizaines de milliers d’euros à des manifestants perdus au milieu d’une foule, et qui se retournaient contre un magazine et un photographe pour rentabiliser au mieux leur présence dans un défilé. Cette dérive procéduriale semble aujourd’hui moins efficace, les juges ayant pris conscience de l’inexistence d’un réel préjudice ; mais il n’en reste pas moins un risque pour tous les photographes qui travaillent dans un espace public.
La solution couramment employée par les agences ou les magazines consiste aujourd’hui à « flouter » systématiquement les visages, ce qui ruine en grande partie l’intérêt de la photo. Les chercheurs de Columbia proposent alors d’utiliser leur algorithme pour remplacer les visages par d’autres, lesquels seraient récupérés aléatoirement sur Internet. Le « mix » entre deux visages en crée un troisième, lequel n’était pas là puisqu’il n’existe pas. Et voici le cauchemar du procès qui s’éloigne… mais au prix d’un véritable non-sens artistique : peut-on imaginer les photos de Doisneau, qui lui ont valu pas mal de déboires, avec des visages modifiés aléatoirement ? J’attends avec intérêt vos commentaires sur ce sujet…
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2 Comments
Je pense qu’une photo n’est qu’une vérité subjective.
Même aujourd’hui, nous devrions avoir davantage de recul sur les images dont on nous abreuve.
Cette application nous rappelle la nécessité d’avoir un regard critique ; dans le sens de ne pas tout prendre au 1er degré, mais de l’analyser comme une photo artistique qui comprend le point de vue d’un photographe.
Ce raisonnement se heurte aux magazines qui nous présentent la photo comme preuve.
Voilà exactement le noeud du problème: la photographie joue sur deux tableaux largement incompatibles, l’information d’une part, et la création artistique d’autre part (certains diraient « est assise le cul entre deux chaises… »)
Ni vraiment crédible en tant que preuve historique, ni réellement reconnue comme oeuvre d’art, la photo a toujours souffert de cette « image » ambigüe. Et ce ne sont pas les manipulations possibles en numérique qui simplifieront le débat!