Parmi les 10 innovations que je souhaitais voir arriver sur les reflex numériques de demain, j’imaginais comment la visée sur écran pouvait permettre à l’utilisateur de désigner un élément dans la scène. L’appareil aurait alors verrouillé le point sur cet élément, même si le cadrage ou la distance étaient modifiés. Voici que la star des téléphones portables, l’iPhone, présente dans sa toute nouvelle version 3GS une fonction similaire : cela mérite un essai.
Un capteur très basique
Dans sa toute première version, l’iPhone n’offrait guère d’intérêt pour les photographes. Son médiocre capteur 2 mégapixels était du type « fix-focus », verrouillé sur l’hyperfocale (la distance de mise au point qui offre le meilleur compromis entre le premier plan et l’infini). Peu sensible, bruité, d’une dynamique réduite, il ne permettait guère que des photos de paysage par beau temps… Heureusement, la nouvelle version se trouve dotée d’un module photo plus sophistiqué, bien qu’encore inférieur aux meilleurs caméraphones. Il s’agit d’un 3,2 mégapixels autofocus fourni par la société américaine OmniVision. Pour la petite histoire, OmniVision était en concurrence avec le fondeur STMicro, qui propose un module de la même résolution mais dont le logiciel de traitement d’image a été développé par la société DxO, bien connue des photographes. On me permettra, en tant qu’ancien employé de DxO, de regretter le choix d’Apple : un iPhone « Image Science by DxO » aurait certainement donné de bien meilleurs résultats…
Photos médiocres, mais interface intéressante
Car pour être nettement amélioré par rapport à la première version, le nouvel iPhone 3GS demeure un piètre photographe. Sa principale limitation reste son objectif, qui manque singulièrement de piqué (il s’agit d’un équivalent 33 mm ouvert en permanence à f:2,8). Le temps de pose varie du 1/10ème de seconde à plus d’1/5000ème, et la sensibilité évolue entre 70 et plus de 1000 ISO ; aucun paramétrage de ces valeurs n’est disponible. En revanche, l’appareil offre bien un mode de contrôle de la prise de vue à la fois original et efficace. Lors de la visée, un cadre (de taille variable) apparaît sur la zone de l’image que l’appareil considère comme prioritaire : la mise au point, mais également la mesure de la lumière sont déterminées en privilégiant cette zone. Très simplement, on peut désigner du doigt une autre zone (sur laquelle apparaît aussitôt un nouveau cadre) comme devant être favorisée. L’appareil « pompe » parfois un peu, mais obéit habituellement en moins d’une seconde.
- Mise au point et exposition sur l’étagère du fond
Une fois l’objet que l’on souhaite privilégier désigné du doigt, l’appareil recalcule mise au point et exposition.
- Du doigt, on désigne le pot de fleur à gauche: la mise au point et l’exposition sont corrigées.
L’expérience utilisateur aurait pu être poussée plus loin : tant qu’à désigner un sujet principal, j’aurais aimé que l’appareil (une fois la mise au point et l’exposition réglée en fonction de celui-ci), déclenche immédiatement. Hélas, il est nécessaire de déplacer le doigt sur une autre zone de l’écran, le bouton qui sert de déclencheur. Deux actions au lieu d’une, deux occasions de bouger l’appareil et de perdre le sujet. On pourra objecter qu’il suffit de désigner le sujet principal, puis de suivre l’action en attendant « l’instant décisif ». Malheureusement, l’automatisme ne reste pas inactif, et assez vite propose un nouveau sujet principal…
Déception…
On se « console » de ces limites en observant les images, qui manquent décidément des qualités de base nécessaire à une bonne photo. La résolution reste moyenne, même en extérieur ; la dynamique du capteur est très vite prise en défaut, dès que la scène s’avère un peu contrastée. Enfin, le bruit monte très vite en intérieur. Le plus gênant demeure l’absence de stabilisation, indispensable pour un appareil tenu à hauteur d’Å“il : la plupart des images, sauf dans des conditions de luminosité idéale, souffrent de flou de bougé. On me pardonnera d’être sévère, mais la déception est à la mesure de l’attente : j’aurais adoré pouvoir remplacer mon vieux Contax i3R (lui aussi un 3 Mpixels) par l’iPhone, dont je sais qu’il monopolisera le fond de ma poche durant les prochaines années pour toutes ses autres qualités : mail, accès web, GPS, baladeur, etc. Mais le Contax (en fait, un Kyocera rebadgé) me permet, lui, de faire de vraies photos…
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