Nul n’entre ici s’il n’est géomètre !
Cette injonction ornait, paraît-il, le fronton de l’Académie de Platon, dans l’antique Athènes. Elle pourrait tout aussi bien s’appliquer à la pratique de la photographie: la qualité de la composition d’une image obéit à des lois géométriques complexes… Comment définir une image bien composée ? En quoi la géométrie des lignes, l’équilibre des masses atteignent parfois une harmonie parfaite ? Cette question gouvernait ainsi tout le travail d’un photographe comme Henri Cartier-Bresson. On raconte que lorsqu’un photographe venait lui soumettre des tirages, à l’agence Magnum, le Maître avait l’habitude (au grand scandale de l’imprudent) de les regarder… à l’envers : cela lui permettait de s’abstraire du sujet pour vérifier avant tout la composition de chaque image.
Quelques règles de base
Sans prétendre épuiser les traités savants consacrés à la « géométrie photographique », ni remplacer l’étincelant coup d’œil de « HCB », évoquons diverses règles empiriques. Éviter par exemple de placer le sujet principal au centre de l’image, mais plutôt au tiers de ses hauteur / largeur ; « remplir » le cadre afin de ne pas se retrouver avec de grandes zones vides ; positionner les éléments importants de la scène de façon qu’ils se découpent sur un fond neutre… Toutes choses qu’il n’est pas toujours possible de respecter, en particulier dans le feu de l’action (qu’il s’agisse de reportages de guerre ou de photographie d’enfants).
Or l’apparition de nos puissants logiciels de traitement d’images offre au photographe des outils capables, dans une certaine mesure, de remédier aux erreurs commises lors de la prise de vue. Ainsi Photoshop CS4 a proposé un outil dit de Recomposition susceptible, en resserrant les divers éléments d’une image, de la recadrer sans en « couper » les bords. Photoshop Elements 8, qui vient d’être mis en vente par Adobe, propose une version encore améliorée du même outil.
Un rêve de graphiste ?
On sait comment fonctionne l’outil Recomposition. En s’appuyant sur une technique de détection des contours, l’algorithme isole des zones à préserver ; au contraire, les surfaces hébergeant des motifs répétitifs (feuillages, graviers, textures diverses…) sont écrasées pour assurer le recadrage. Cette fonction, telle que les ingénieurs d’Adobe l’ont implémentée, semble surtout concerner les graphistes professionnels : quand on a besoin d’une image verticale à partir d’une horizontale, par exemple pour l’utiliser sur une page de couverture, une telle fonction fait gagner un temps précieux. Mais un autre usage du même outil peut permettre d’améliorer la composition de ses images…
La photo ci-dessus présente un défaut classique : l’espace entre les personnages s’avère trop important, et l’image paraît vide. On peut alors être tenté d’exploiter l’outil de Recomposition pour « resserrer » l’image, afin de lui donner la « densité » qui lui manque. Dans un premier temps, j’ai appliqué l’outil sans précaution particulière : cela entraîne, entre autres défauts, une dégradation du marquage au sol assez inesthétique.
Pour préserver le graphisme des lignes (lequel offre un certain intérêt au point de vue que j’avais choisi) j’ai tracé au pinceau un masque rudimentaire qui définit les zones à préserver.
Le resserrement, réservé aux zones « vides », améliore ainsi quelque peu l’équilibre des éléments qui composent la scène…
Au bonheur des photographes…
En revanche, on pourra regretter le changement de ratio hauteur/largeur auquel condamne l’utilisation de cet outil Recomposition. Autant il satisfait donc les graphistes, autant il pose une contrainte qui peut gêner les photographes. D’où cette suggestion adressée à John Nack, le célèbre chef Produit de Photoshop : pourquoi ne pas proposer, dans une future version du logiciel, un moyen simple de « faire glisser » un élément de l’image (éventuellement spécifié par un masque) par rapport au reste de la scène ? Les apprentis Cartier-Bresson y trouveraient peut-être leur bonheur !
Mots-clefs :Algorithme, C quoi une bonne photo?, Cartier-Bresson, Innovation, Photoshop










2 Comments
Je ne me rappelle pas que Cartier-Bresson ai été tellement tenté par la retouche de photographies
Un petit post intéressant sur le sujet de la technologie dont tu parles:
http://createdigitalmotion.com/2009/09/27/image-content-editing-adobe-cs5-brings-seam-carving-to-photoshop/
Bien sûr, HCB n’a jamais « truqué » (ni même recadré) ses photos! Toutes ses recherches sur la géométrie de l’image n’avaient pour but que de lui permettre d’obtenir une composition parfaite dès la prise de vue… Et je suis bien certain qu’il ne verrait pas d’un très bon Å“il, s’il vivait encore, tous ces bidouilleurs du cadre (dont je fais partie) qui trafiquent leurs photos sous Photoshop!