Gérer ses photos numériques

Ah le vaste sujet ! Parmi les mille-et-un outils que le photographe «numérique» se doit de maîtriser, comment faire la part de l’utile et du superflu ? Un récent débat à la Maison Européenne de la Photographie offrait quelques pistes…

Par Jean

Directeur de la rédaction

Pour marquer la sortie de son livre « Gérer ses photos numériques », Daniel Hennemand organisait mercredi dernier un débat à la maison Européenne de la Photographie. Si le sujet ne semble pas très sexy, l’auditorium de la MEP se trouvait néanmoins bien rempli, preuve que les photographes s’interrogent sérieusement sur l’avenir de leurs images. Un panel d’intervenants (la plupart des experts interrogés par Daniel Hennemand dans son bouquin) se succédaient à la tribune pour apporter des témoignages variés.

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Le débat était ainsi structuré autour des trois phases de travail identifiées par Daniel Hennemand dans son ouvrage : Produire / Organiser / Exploiter. Si ces étapes ont pris une dimension nouvelle avec le numérique, comme le rappelait avec justesse Maxime Champion (ex-journaliste au journal Le Photographe), ces mêmes questions se posaient déjà (et parfois de façon critique !) aux temps anciens de l’argentique. Et de rappeler l’avantage primordial d’un document numérique sur ses ancêtres analogiques : il est infiniment duplicable, sans dégradation. Cela signifie que d’une oeuvre originale, on tire une « copie » tout aussi originale… une chose dont on rêvait en vain à l’époque des duplis ! Cette inestimable propriété, si elle pose divers problèmes du point de vue des droits d’auteur (Hadopi…), constitue un atout majeur en ce qui concerne la sauvegarde des images. [Pardon d’enfoncer ainsi des portes ouvertes, mais on croirait, à écouter certains photographes, que passer de l’argentique au numérique a représenté pour eux le bannissement du paradis originel.] Guillaume Cuvillier, lui, insistait ainsi sur la nécessité de préserver son travail photographique : tout simplement parce qu’il s’agit de son patrimoine, celui que l’on lègue à ses enfants (et il ne s’agit pas ici de portefeuille, mais bien de mémoire).

Daniel Hennemand (à gauche) et Maxime Champion)

Daniel Hennemand (à gauche) et Maxime Champion

Une fois les choses un peu recadrées, Daniel Hennemand et ses invités ont mis en évidence un point souvent négligé par les éditeurs de logiciels (et même parfois par les fabricants d’appareils photo) : s’ils sont aujourd’hui contraints, bon gré mal gré, de s’approprier les outils numériques, les photographes demeurent ce qu’ils ont toujours été : des photographes… et pas des informaticiens. Quand on voit la complexité des logiciels censés leur « faciliter » la vie, on comprend le malaise (pour ne pas dire le désespoir !) de certains d’entre eux. Photoshop constitue l’un des logiciels professionnels les plus absurdement compliqués mis sur le marché, empilant joyeusement les fonctions d’au moins cinq ou six métiers différents, aux exigences parfois radicalement opposées. [Pour prendre un exemple, citons la présence du mode CMJK destiné aux professionnels du prépresse : j’ai rencontré des photographes non-initiés qui basculaient systématiquement leurs photos dans ce mode, le croyant « plus professionnel » - alors qu’il entraîne une dégradation irrémédiable de leurs images].

Le DNG serait un flop?

Partant de ce constat, Daniel Hennemand et ses invités ont décrit divers pistes plus ou moins simples… et efficaces. Maxime Champion a donc évoqué sa méthode de travail, basée sur la sauvegarde systématique de ses images sur deux disques durs… et indiquant au passage qu’à son avis le format DNG « était un flop » et qu’il s’en remettait au Jpeg. Patrick Peccatte, un spécialiste des métadonnées, a abordé la mise en œuvre de ces informations essentielles aux images : ce sont les EXIF ou les IPTC, « incrustées » dans l’en-tête des photos, qui apportent les éléments d’informations indispensables à leur gestion dans une base de données. La piste de la « rematérialisation » a été abordée par Jean-François Camp, directeur des laboratoires photographiques Dupon : il a raconté comment, poussé par une demande de Sebastiao Salgado, son laboratoire a mis au point une technique de recréation d’un négatif argentique (en partant des photos numériques que le photographe brésilien réalise désormais).

Stockage illimité pour 49 € / an

Outre un parcours professionnel entre argentique et numérique raconté par Philippe Pons, grand spécialiste de la photo industrielle, on a (rapidement) découvert le travail de David Attal et Hervé Pain, les fondateurs du laboratoire Fotodart. Aziza Mercher, responsable marketing Europe de la société d’archivage Carbonite, a décrit l’offre que celle-ci propose aux photographes : un espace de stockage en ligne illimité pour 49 € par an (et l’on peut d’ailleurs se demander pourquoi Everial, qui dispose d’une offre spécifique pour les photographes, n’était pas présent). Enfin, Matthieu Stefani, directeur de Citizenside, a présenté la façon dont chacun peut « vendre » ses photos d’actualité via le site de cette agence.

Une vision globale?

Au final, une remarque. Si l’intérêt de la démarche de Daniel Hennemand n’est pas à démontrer (car peu nombreux sont les experts de la Gestion Electronique de Document à s’intéresser au sort des photographes), son approche demeure un peu trop… documentaire. Je crois que le problème qui se pose aux photographes aujourd’hui reste la définition d’un flux de travail global, partant de l’appareil photo pour aller jusqu’au client (au sens large, la publication sur une galerie en ligne peut jouer le rôle du client) via la postproduction (correction et interprétation) de l’image, son indexation et sa sauvegarde.

J’ai ainsi trouvé ce débat, tout comme le livre de Daniel Hennemand, passionnant… mais un peu frustrant : des solutions ponctuelles, des réflexions riches mais isolées, apportées par des spécialistes éminents, et peut-être chacun un peu trop spécialisé dans son domaine d’excellence. Une vision panoramique, à la fois claire et exhaustive, de l’organisation du photographe numérique reste à décrire !

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2 Comments

  1. Pons Philippe a rŽagi le 1 décembre 09 | Permalien

    Je partage votre conclusion.
    Un peu frustrant pour les intervenants,
    et manquant d’une vision grand angle,mais en deux heures d’exposés.. le challenge avait du plomb dans l’aile dès le départ.
    Cordialement.
    Philippe Pons

  2. challon serge a rŽagi le 11 avril 10 | Permalien

    Bonjour, ce débat est d’actualité et nous aurions été ravis d’y participer et de présenter les solutions que nous proposons aux photographes et à tous les propriétaires ou dépositaires de fonds photographiques,si nous avions été invités.
    Cordialement, Serge Challon, directeur du département Images d’Everial

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