Sauvegarder ses photos en ligne?

Lors de la conférence organisée par Daniel Hennemand, j’ai découvert l’existence de la société Carbonite. La directrice pour la France de cette société américaine, spécialisée dans le stockage de données, présentait une offre séduisante pour les photographes. Pourquoi diable est-ce que je reste un peu réservé?

Par Jean

Directeur de la rédaction

Quand on réfléchit à l’organisation nécessaire à toute pratique professionnelle de la photographie, une évidence saute aux yeux : le rôle que jouera, dans un futur très proche, la possibilité de sauvegarder ses photos en ligne. Vous me direz que cette option est déjà proposée par de multiples services, de Flickr à Picasa en passant par Photoshop.com : je ne parle pas de galeries en ligne, efficaces pour partager ses meilleures images, mais inadaptées au backup systématique de tout ce qui sort de nos appareils photos.

Des photos impossibles à remplacer !

Comment procède aujourd’hui le photographe soucieux de la préservation de son travail ? Après avoir enregistré le contenu de ses cartes mémoires dans une Base de Données Image, par exemple sur le disque interne de son portable, il procède (plus ou moins rapidement, plus ou moins systématiquement) à la sauvegarde de celle-ci sur un second disque dur. Celui-ci reste la plupart du temps installé dans son studio ; et en cas d’incendie, il est très probable qu’à la fois la base d’image principale et sa sauvegarde soient détruites. Par ailleurs, le délai entre l’enrichissement de la base (la copie des cartes originales) et la sauvegarde n’est pas nul : les logiciels de backup habituels prévoient généralement une sauvegarde quotidienne. Lightroom propose par défaut une sauvegarde de la base toutes les semaines. Que ce passe-t-il si le disque principal crashe dans l’intervalle ? Vous avez perdu votre travail récent, des photos qu’il sera très probablement impossible de remplacer.

Trois lois pour une sauvegarde

Car la sauvegarde des données, dans le cas des photographes, obéit à des lois très spécifiques. Quand un journaliste ou même un graphiste peuvent se satisfaire d’une sauvegarde quotidienne – au pire, ils auront perdu une journée de boulot – les choses s’avèrent très différentes pour un photographe. Dans la plupart des cas, une photo perdue est perdue à jamais, qu’on l’ait réalisée cinq heures ou cinq ans auparavant. Et ce n’est pas parce qu’on a mis cinq minutes à la prendre (voire cinq centièmes de seconde) qu’il suffira de cinq minutes pour la reproduire : « M. President, pourriez-vous vous faire tirer dessus une nouvelle fois pour la photo s’il vous plaît ? ». La sauvegarde idéale obéit ainsi à trois lois : elle doit être immédiate, systématique et distante.

Voilà tout l’intérêt de la solution Carbonite. Le principe proposé par cette société basée à Boston s’avère en effet très séduisant : un petit logiciel est installé sur votre ordinateur, qui repère en permanence toute modification du ou des dossiers désignés comme « sensibles ». Quand vous ajoutez un élément à ce dossier, il est également ajouté à son double en ligne : en tant que photographe, voilà la sauvegarde dont je rêve. D’autant que le prix du service demeure plutôt raisonnable, puisqu’il est fixé à 49 euros par an quel que soit le volume de stockage.

Espionnage transatlantique ?

Alors pourquoi diable rester circonspect devant l’offre de cette société américaine, désormais bien implantée (elle existe depuis 2005) ? Tout simplement parce qu’elle est américaine, et que cela signifie qu’un tiers gouvernemental pourra avoir accès à vos photos. Cela se trouve d’ailleurs écrit noir sur blanc (bien qu’en petits caractères…) dans la page décrivant la Politique de Confidentialité de la société. Vos données sont cryptées avant de transiter sur le réseau, et elles demeurent cryptées sur les serveurs de Carbonite ; mais il est clairement précisé que Carbonite se réserve le droit de transmettre vos données de sauvegarde aux autorités gouvernementales quand elle estime que ces données sont utilisées « de manière illégale ». On me taxera peut-être d’anti-américanisme primaire ; mais depuis les révélations sur le système d’écoutes Echelon, et sur la façon dont il a permis par exemple à Boeing de connaître les conditions contractuelles proposées par Airbus à ses clients, on sait que les notions de sécurité nationale et de légalité s’avèrent assez élastiques aux USA. Les photographes professionnels, en particulier dans l’industrie, la mode, la publicité, ont souvent accès à des produits ou des installations confidentielles : il faut qu’ils préservent certaines de leurs images d’un accès par les concurrents de leurs clients.

Voilà pourquoi, bien que ne travaillant ni pour le CEA ni pour Airbus, je reste réservé devant une solution de sauvegarde d’images déportée aux USA. Oh, il est bien évident qu’une entreprise fournissant un espace de stockage en France ou en Europe restera potentiellement soumise aux mêmes curiosités de la part de nos chers gouvernements ; mais au moins la dimension « espionnage transatlantique » devrait en être absente…

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2 Comments

  1. Larzilliere a rŽagi le 18 décembre 09 | Permalien

    Bravo pour ce billet et merci à Daniel Hennemand pour ses analyses.
    La discussion que vous entamez me fait réagir. Nous éditons une solution de gestion de photothèque en ligne (full saas) destinée aux professionnels de la photos et aux entreprises. Cette solution répond (en partie au problématiques) que vous abordez. Je vous invite à aller sur notre site http://www.keepeek.com pour la découvrir.
    Par ailleurs concernant le backup, une solution simple consiste à mettre en place un montage webdav ou bien un rsync (pc et mac).10 min à installer.

  2. FranceB a rŽagi le 15 mars 10 | Permalien

    Wooow merci pour cet article. Après plusieurs recherche, moi choix s’est tourné vers hppt://stocklii.com

    L’essai gratuit m’a convaincu. Facile et rapide et surtout un bon support qui répond à nos questions. Selon moi le support est un autre point à reprocher au gros joueur américain « Vous Savez Qui ».

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