Christian Ramade, dans cette tribune, explique ainsi comment un jury doit parfois examiner plus de mille photos en une journée: ce qui favorise les images simples, voire simplistes, et d’où toute originalité doit être soigneusement bannie. Pour ma part, il me semble que l’aspect « loterie », conséquence des conditions de vote des jurys, n’empêche pas ces concours de contribuer à la notoriété de certains photographes. Le méritent-ils, ou pas? Question oiseuse, de mon point de vue. Rien n’est juste, dans la vie. Et encore moins dans le monde de la photo: des photographes immenses (je pense à Willy Ronis) ont végété dans la gêne durant toute leur vie professionnelle; pour connaître le succès (et les possibilités d’expression qui vont avec) alors qu’ils avaient cessé d’être réellement productifs. Combien n’ont jamais eu la possibilité de gagner leur vie avec leurs images, et donc d’en produire d’autres? La photo créative reste une activité de misère, et le métier que l’on est obliger de pratiquer, pour survivre, « bouffe » une bonne part du temps et de l’énergie que l’on pourrait consacrer à créer des images.
D’autres squattent les récompenses… mais cela ne dure pas. Je me souviens de la « mode » Viva, qui voyait vers la fin des années 70 les photographes de cette agence « dans l’air du temps » (Guy Le Querrec, François Hers, Martine Franck, Claude Raymond-Dytivon…) truster les divers prix et commandes publiques de l’époque. Ils méritaient largement leur succès du moment, lié à cette décennie de remises en causes sociales et contestataires qu’ils décrivaient avec talent. Puis la mode a changé, le reportage social n’intéressait plus, et ces photographes ont perdu de leur aura (et leurs contrats gouvernementaux).
Mais c’est ainsi depuis toujours; et à ce sujet, les mutations en cours (Internet, la photo numérique) me semblent plutôt bonnes à prendre: elles permettront peut-être à quelques photographes astucieux de se glisser dans les mailles du filet social, et de trouver un mode de fonctionnement compatible avec leur passion. Je pense par exemple à ceux qui réussissent à vendre des photos sur le web, il y en a. Alors un concours, même injuste, c’est toujours un peu d’argent pour un photographe (et je précise que je ne participe jamais à des concours).
Christian Ramade aborde ensuite un second thème, encore plus important: l’importance de la légende dans le sens que l’on accorde à une photo. Je suis absolument d’accord avec cette analyse. Voilà une vérité qu’il faut apparemment dire et redire, bien qu’elle soit assez banale: une photo est une photo; un prix photo ne doit pas être attribué à une image parce qu’elle est affublée d’une légende plus ou moins sensationnelle. Le dernier World Press Photo m’avait fait déjà réagir (l’image d’Anthony Suau, voir http://www.photographier.fr/?p=61). L’attitude de Paris-Match aussi (http://www.photographier.fr/?p=591). Apparemment, même parmi les membres des jurys internationaux, c’est toute une éducation photographique qui reste à faire…
Mots-clefs :C quoi une bonne photo?, Style, World Press Photo






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Je rentre d’Italie, il est deux heure du mat’ je prends connaissance de mes courriels (restons français), votre revue est captivante et je vous promet de vous répondre rapidement; bien cordialement:
Christian Ramade.