L’interface entièrement tactile de l’iPhone m’avait, en tant que photographe, laissé un regret : avec le (modeste) module photo du téléphone d’Apple, on peut très intuitivement désigner du doigt l’élément important de la scène (celui sur lequel l’appareil mesure l’exposition et fait le point) ; mais il reste nécessaire de presser dans un second temps le minuscule bouton de déclenchement. Pourquoi ne pas prendre la photo immédiatement, à l’instant même où l’utilisateur pointe du doigt le sujet principal ? M. Nikon s’est probablement fait la même remarque, car il vient de mettre sur le marché un nouveau Coolpix, le S70, qui propose cette fonction. Le service de presse de Nikon France ayant été assez aimable pour me confier un S70 juste avant les fêtes, voici ce qui restait un concept théorique mis à l’épreuve de la réalité !
Pas trop d’icônes, SVP !
Difficile de faire plus intuitif que la prise en main d’un Coolpix S70. Vous saisissez l’objet (de la taille d’un iPhone, mais deux fois plus épais), vous en faites coulisser le capot et l’écran dorsal affiche la scène. L’interface par défaut est surchargée d’icônes sur le pourtour de l’image, rançon de l’absence totale de commande sur l’appareil (on peut heureusement en faire disparaître une bonne partie). Chez Nikon, quand on choisit de proposer un écran tactile, on le rentabilise ! Ainsi le zoom lui-même est commandé par une pression du doigt sur un curseur virtuel. En revanche, un véritable déclencheur reste présent, à l’endroit habituel (haut à droite).
Miracle ?
J’avoue ne m’être pas vraiment plongé dans les menus et options diverses, pour expérimenter directement la prise de vue « au doigt et à l’œil ». Instinctivement, on voudrait tenir l’appareil de la main gauche, afin de libérer la droite dans sa tâche essentielle : pointer le sujet sur l’écran. Comme l’écran occupe la totalité de la face arrière, la seule façon d’assurer une tenue relativement sécurisante consiste à enserrer le haut et le bas de l’appareil, ce qui dégage l’écran. La main droite peut alors librement pointer une zone quelconque de l’image… et le miracle se produit : un cadre apparaît sur l’objet désigné, la mise au point s’effectue, et la photo est prise !
Tout ceci prend malheureusement à peu près le temps que vous avez mis pour lire cette phrase… Autant dire qu’il ne s’agit pas vraiment de la meilleure technique pour saisir des actions rapides. De ce point de vue, rien ne remplace la pré-mise au point obtenue en pressant à mi-course sur un vrai déclencheur (ce que réalise parfaitement le Coolpix S70). Par ailleurs, comme toujours l’écran est strictement perpendiculaire à l’axe de l’objectif : il faut donc lever l’appareil quasiment à hauteur d’œil pour pouvoir viser, dans un geste que je trouve un peu trop spectaculaire.
Axe de visée rotatif…
Mais tous les compacts aujourd’hui en sont là  : voici une dizaine d’années, à l’époque où les designers de Nikon prenaient des risques, le CoolPix 950 offrait un bloc objectif rotatif. On pouvait ainsi tenir beaucoup moins agressivement l’appareil, au niveau de la poitrine. J’avoue que j’échangerais volontiers quelques méga-pixels contre un design semblable… accompagné de l’écran-déclencheur dont bénéficie le S70 (dont la qualité d’image s’avère très honorable, tant qu’on reste à moins de 400 ISO).
Le « piège d’œil »
Car cette nouvelle interface me paraît ainsi très prometteuse. Dans une situation mouvante, si l’on pouvait tenir l’appareil un peu plus bas (avec, pourquoi pas, l’axe optique parallèle au plan de l’écran, comme je l’explique dans cet exemple), le geste de la prise de vue serait d’une extrême simplicité. Améliorez un peu la réactivité, et le « piège d’œil » de Jacques-Henri Lartigue n’est pas loin…
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