On apprend que MSD Capital, un fond d’investissement appartenant à Michaël Dell, vient de se porter acquéreur de 200.000 tirages qui proviennent du fond d’archive de l’agence Magnum Photos. Tous ces tirages, utilisés jusqu’ici par le bureau de New York de Magnum, ont été transférés dans les locaux de l’Université du Texas, à Austin. Ils seront « mis à la disposition des chercheurs et du public », selon la formule consacrée ; les droits et copyrights des photos restent par ailleurs propriété des photographes.
Que penser de cette étonnante information ? On peut éventuellement se réjouir de voir qu’un considérable fonds d’images, qui dormait dans des boîtes archives, puisse devenir accessible au public. Le « Harry Ransom Center », se présente comme un musée / centre d’étude dépendant de l’université d’Austin ; il se propose d’organiser expositions et « visites guidées » à partir de ces tirages. Or l’agence Magnum n’a plus besoin de ces épreuves pour continuer son activité d’exploitation des droits d’auteur : toutes ces images ont été numérisées, et sont disponibles sous forme électronique.
Revers de la médaille : comme on peut le constater d’après les tirages présentés sur le site du Harry Ransom Center, il s’agit de tirages de presse. Quand j’entends le directeur de Magnum, Mark Lubell, décrire ces archives comme « l’une des plus importantes collections photographiques de la seconde partie du 20ème siécle », il me semble qu’une confusion essentielle se crée. Ces tirages ne proviennent pas d’une collection ; ils ont été réalisés jour après jour, par divers laboratoires, très fréquemment sans supervision ni contrôle des photographes. Après avoir circulé dans les rédactions, ils sont souvent abîmés (comme on le voit sur cette photo célèbre de René Burri). On aurait aimé avoir la réaction d’un Cartier-Bresson sur la façon dont son travail sera désormais visible sous cette forme dans une université réputée… Le Harry Ransom Center a beau se glorifier de disposer d’une collection de tirages « vintage » unique au monde, ces photos ne sont que des épreuves de presse – en aucun cas des œuvres originales.
Mais ces tirages vont maintenant se refaire une « virginité muséale », avec l’aide d’une université. Quelle sera la valeur d’un tel fonds (200.000 « vintage prints » !) dans quelques années ? Après Bill Gates, propriétaire de Corbis, voici donc maintenant Michaël Dell, autre magnat de l’informatique, qui s’intéresse à l’image fixe… Ils ont décidément raison : la photographie de presse est un secteur économique sinistré, dont les acteurs ont désespérément besoin d’argent. Un investissement raisonnable peut permettre d’énormes plus-values… On espère au moins qu’avec cette vente, l’agence Magnum aura garanti sa survie pour quelques années.
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